Dossier consommation collaborative Quelle santé au complet

Troc, échange, partage, ce qui est à moi est à toi

800 % de croissance en 2010, une levée de fonds de 100 millions de dollars cette année, après seulement trois ans d'existence Airbnb, spécialiste de la location communautaire, ouvre la voie royale de la consommation collaborative. Du troc de matériel de jardin au covoiturage, du couchsurfing à l'échange d'appartements, de nouvelles formes de commerce entre particuliers détournent le système économique traditionnel. Découverte en cinq familles.

« What is mine is yours» (Ce qui est à moi est à toi), voilà le livre qui a rendu le concept de consommation collaborative lisible. Les auteurs Rachel Botsman et Roo Rogers, tous deux américains, y décrivent l'ascension rapide de ce nouveau mode de consommation qui rassemble les initiatives où l'usage l'emporte sur la propriété. Selon les spécialistes, troc, échange, partage, vente, location entre particuliers font partie de cette économie émergente qui s'étend à grande vitesse grâce à l'usage d'intemet et des réseaux sociaux. Jamais les individus n'avaient autant commercé entre eux. « Nous vivons désarmais dans un village global où le marché d'échanges de pair à pair est performant et sans limite expliquent les auteurs sur le site www.collaborativeconsumption.com Objets, compétences, temps, relations, logements: tout peut se monnayer, que ce soit entre voisins ou entre consommateurs et producteurs, vendeurs et acheteurs, loueurs et prêteurs ... Pour preuve, chaque minute, des centaines de milliers de livres, DVD, vêtements, jeux s'échangent partout dans le monde. Sur e-Bay, plus de 100 millions de biens sont mis en vente quotidiennement. « Le XXe 'siècle était celui de l'hyper-consommation, le XXle sera celui de la consommation collaborative», annoncent Rachel et Roo. Les prémices du mouvement ont germé du côté de San Francisco mais se défendent pas mal de notre côté de l'Atlantique. Logement, popote, urbanisme, voiture, outils: Quelle Santé présente sa brochette de morceaux choisis.

CE SOIR JE DÎNE CHEZ MON VOISIN DE PALIER

Vous est-il déjà arrivé de humer sur le palier la bonne odeur du civet de votre voisin et vous disant que vous en prendriez bien une petite assiette pour le dîner? C'était sans doute au Xe siècle car aujourd'hui, les fumets se reniflent sur internet. Le site www.super-marmite.com met en relation les gastronomes pressés avec les cordons bleus d'un même quartier. « L'idée est de tirer parti de la richesse et de l'éclectisme gastronomique produits quotidiennement par les particuliers pour offrir une alternative aux solutions de restauration rapide traditionnelles, résume le site. Super-Marmite a pour objectif de rendre visibles les plats cuisinés par les particuliers, pour en faire une offre accessibleà tous les gastronomes pressés. » En gros, des cuisiniers amateurs réservent quelques parts de leurs plats pour leurs voisins à petits prix (souvent moins de 6 €) et le font savoir sur la toile. Il s'agit de mères de famille (quand il yen a pour cinq, y'en a pour dix), de toqués de pâtisseries, d'expatriés souhaitant faire découvrir leur cuisine, d'adeptes des produits bio. « La pâtisserie c'est la vie! écrit Souen, l'un des 3 000 supermarmitons inscrits sur le site, j'en fais toujours trois tonnes. Donc pour ne pas devenir obèse, je partage! » Pour Isabel, c'est un moyen de décompresser: « cuisiner est mon antistress. Je ne demande qu'à vous faire plaisir et à vous faire partager mes petits plats. »
De Lille à Marseille, les motivations varient. Quand Momokamo souhaite faire découvrir la vraie cuisine japonaise, loline invite carrément les internautes à dîner sur place. Pour les adeptes, l'envie est souvent de manger plus équilibré, d'en ftnir avec les sandwichs sur le pouce ou les pizzas surgelés. C'est d'ailleurs ce qui a poussé Olivier Desmoulins à lancer le projet il y a un an. Super-Marmite compte déjà 10000 membres dans toute la France.www.super-marmite.com


J'ai de l'oseille, t'as pas cent balles?

Et si le nec plus ultra de la consommation collaborative était de se passer de monnaie . D'échanger entre particuliers un cours de taï-chi contre une heure de jardinage, une réparation de machine à laver contre une écharpe en tricot. Ce principe existe depuis  pas mal d'années. Cela s'appelle un système d'échanges local (SEL) . Ce système associatif est construit à côté du système monetaire classique. Dans ces groupes, des monnaies virtuelles circulent, souvent limitées à leur fonction d'échange. Chacune de ces monnaies privées a son petit nom: piaf, truffe, clou... Les membres les utilisent pour valoriser leurs services rendus et pouvoir par la suite consommer à leur guise des biens ou des services proposés par la communauté sans avoir recours à la monnaie gouvernementale. L'Hexagone en compte près de 600. www.selidaire.org

TU ME PRÊTES LES CLÉS DE TA CAISSE?

Savez-vous qu'une voiture passe 90 % de sa vie garée? Qu'elle occupe 85 % de la voirie ? Qu'elle coûte environ 500 € par mois à son propriétaire? Pour toutes ces raisons, Kieran Connolly, après avoir travaillé dix ans dans le secteur de la location de voitures, s'est dit qu'il était possible d'inventer un système peer to peer autour de l'automobile. Un outil qui permette de faire tourner les clés et de partager les frais. « Notre idée est née à la fin de l'année 2009, de l'observation des files de voitures stationnées tout au long de nos rues, inutilisées pendant des heures, voire des jours et des semaines. Ces voitures coûtent cher à leur propriétaire et encombrent la voie publique. Nous avions pourtant l'intuition qu'elles pouvaient être à la fois utiles à la communauté et rentables pour leur possesseur. Il fallait simplement mettre en place un système de location de voitures entre particuliers qui soit pratique, économique et sûr pour tout le monde. » Le système imaginé par Kieran s'appelle Livop et est archi-simple pour l'utilisateur. On s'inscrit en ligne, on reçoit dans les 24 heures sa carte, sésame qui ouvre les portes des voitures louées et l'on réserve sa voiture en ligne comme chez n'importe quel loueur. La carte et le boîtier installé à l' intérieur du véhicule permettent de ne pas avoir à se donner de rendez-vous et d'automatiser les échanges et de relever le compteur pour établir la facture fInale. Formidable donc mais ne risque-t-on pas de se retrouver  avec une vieille tire? «Toutes les voitures ont moins de cinq ans, précise Kieran. Chez Livop on négocie aussi des prix de gros avec les fournisseurs automobiles ce qui permet aux propriétaires de changer des pièces à moindre coût. » Depuis le début de l'aventure il y a an, sur les 600 voitures inscrites, il n'y a jamais eu un pépin « parce que les utilisateurs sont plus respectueux, ils savent que cette voiture appartient à quelqu'un et non pas à une entreprise de location. » De toute façon, en cas de panne ou d'accident, Livop assure les mêmes services qu'Avis ou Hertz: nuit d'hôtel, retour en train ... «L'idée est de décharger le propriétaire de tous les ennuis possibles. Assurances, dommages, amendes: on s'occupe de tout. » En douze mois et 60 000 kilomètres de bitume partagés, Livop, qui se rémunère à hauteur de 40 % sur les transactions fInancières, commence tout juste à ne plus perdre de l'argent. Mais les fondateurs sont optimistes: «La France compte 30 millions de voitures, si seulement 1 % des automobilistes partagent leur volant, 300 000 voitures pourront faire tourner leurs clés. » www.livop.fr 

ÉCHANGE CONFITURE MAISON CONTRE POMMES DU VERGER

Chaque année, à la saison des mirabelles, c'est un peu la panique dans les vergers. Les prunes pourrissent sur l'arbre à moins que toute la famille ne soit embauchée pour produire tartes et confitures. Pour éviter ce triste gâchis, Régis Jourdan a lancé il y a un an le site www.cavientdujardin.com. «l'ai eu l'idée en regardant simplement ce qui se passait autour de moi, témoigne l'initiateur récemment installé à Marseille. L'internet nous offre les moyens de mettre facilement en relation l'offre et la demande alors je me suis lancéSur son site, sorte de micro e-Bay des jardiniers, on trouve les classiques abricots ou pommes de terre mais aussi des kakis, des trompettes-de-la-mort, du fumier pour le jardin ou de la conftture aux pêches rouges maison. Au total 750 annonces avec présentation de la marchandise, prix et lieu de vente. Deux cents visiteurs viennent chaque jour regarder les salades pousser ou réserver un kilo de noix ramassées dans leur région. Qui commande? Régis n'a aucune idée de ce qui s'échange vraiment, son programme ne l'a pas prévu. En attendant, il engrange les retours positifs. Des bonnes ondes et des nèfles. Car www.cavientdujardin.com ne dégage aucun revenu. « Ce n'est pas mon objectif j'ai profité d'une pause professionnelle pour développer ce type de circuits courts mais je ne compte pas en vivre. Je vais d'ailleurs bientôt reprendre mon vrai métier. » L'objectif est seulement de réhabiliter le bon sens paysan. Même du côté des urbains. www.cavientdujardin.com

Louez-moi.

Votre sèche-cheveux ne vous sert jamais l'été, votre matériel de camping est depuis belle lurette relégué au garage, vous avez toujours la mob du petit dernier ... pour savoir s'il est possible d'arrondir ses fins de mois en mettant tous ces biens à la location, connectez-vous sur Zilok. Selon les statistiques de location entre particuliers enregistrées, le site calcule le pécule que vous pourriez en tirer. Vous découvrirez qu'il vaut mieux louer un réflexe numérique (46 € par mois) qu'un presse-agrumes (4 € par mois). fr.zilok.com/rentout/simulation

 

VIENS CHEZ MOI, J'HABITE CHEZ UN SENIOR

Le Parisolidaire a ouvert le bal en 2004 : faire cohabiter jeunes et seniors dans un même appartement pour rompre avec la solitude et offrir aux: étudiants des logements à des prix décents. L'association « met en relation des jeunes à la recherche d'un logement et des seniors désireux de compagnie ou d'un complément de revenus ». Les loyers sont encadrés, peuvent même être gratuits si l'étudiant s'investit largement (courses, ménage. , .). Dans tous les cas, il est demandé au jeune de tenir compagnie au senior et de partager les tâches quotidiennes mais jamais de jouer le rôle d'assistante médicale ou d'infirmière de nuit. « Mme K. .. (70 ans) dispose d'une chambre avec salle d'eau indépendante chez elle, est très active, entourée par sa famille, enfants et petits-enfants, et n'a pas vraiment besoin de complément de revenu », peut-on lire sur le site internet de l'association. Elle a pourtant proposé sa chambre, pour rendre service à un étudiant avec une demande un peu spéciale: « qu'on lui montre comment se servir d'un ordinateur! » Z .. . , 22 ans, en 5e année de marketing, a bien voulu être son hôte-professeur et l'a initiée à la grande toile. Les belles histoires de rencontres, de partage, toutes les pages web de logements intergénérationnels en affichent.
Dans la réalité, c'est presque tout aussi réjouissant. Pourquoi? Parce que le casting est réalisé avec soin par les associations et les règles du jeu sont communément établies. Une convention d'hébergement lie les deux parties et, dans chaque association, une charte de cohabitation est signée par les intéressés. « Sur les 1 500 cohabitations qu'enregistre notre association, nous avons eu à gérer moins de dix cas difficiles en sept ans », témoigne Aude Messéan fondatrice du Parisolidaire. « Nous essayons d'encadrer au mieux les tandems par des entretiens, des livrets thématiques, un suivi régulier. Notre casting est très sélectif pour recruter les deux parties. » En 2010, 750 étudiants ont postulé, la moitié a été logée. « Nous avons dix ans d'avance, explique Aude, il faut encore faire bouger les mentalités. Mais je suis certaine que dans quelques années, ce partage des logements entre deux générations deviendra une banalité. » www.leparisolidaire.fr et aussi www.logementintergeneration.org, www.generactions. fr

JE VERRAIS BIEN UN MUR VÉGÉTAL DANS MON QUARTIER

Et si les villes n'étaient plus dessinées par des spécialistes? Et si l'on redonnait le pinceau à ceux qui les habitent? Imaginer l'urbanisme comme un espace collaboratif est une mini-révolution. Les professionnels de l'aménagement ont toujours gardé la mainmise sur le sujet et fermé leurs boîtes à idées à double tour. « Dans notre métier, explique l'architecte-urbaniste Alain Renk, on considère la discipline comme une compétence exclusive d'experts et de spécialistes.» Le hic, c'est qu'aujourd'hui, on pousse les ingénieurs comme les élus à intégrer davantage le développement durable dans leurs travaux: Et qui dit DD, dit concertation. La start-up UFO (Urban Fabric Organisation) d'Alain Renk, s'inscrit dans cette nouvelle dynamique: modifier le rapport de force entre experts et profanes pour donner aux citoyens les moyens de codessiner leur ville. Avec le partenariat d'Ubisoft, spécialisé dans les jeux virtuels réalistes, l'agence a imaginé une application mobile « Villes sans limite ", grand public, gratuite et disponible sur les smartphones et les tablettes connectées en 3G. Pour sa première implantation en version bêta, elle permet à chaque individu, dans trois lieux autour de la Bastille à Paris, de composer sa partition de l'évolution du quartier à travers six thèmes principaux: la nature, la créativité, la mobilité, la densité, le digital et la vie de quartier. Toutes les grandes questions urbaines sont abordées: l'utilisateur veut-il plus de calme? Plus de vert? Souhaite-t-il prendre sa voiture, marcher ? Veut-il que des projets culturels ou expérimentaux puissent y pousser? En fonction des réponses données, l'écran affiche la traduction urbanistique de ses choix, photos hyperréalistes à l'appui. « Une des critiques les plus fréquentes quand on essaie de velopper des projets à partir de l'intelligence collaborative, c'est que les gens n'ont pas d'idées ou trop d'idées, ou des idées irréalistes, explique Alain Renk. Notre système permet de dessiner 15625 solutions combinatoires!" Un millier de personnes se sont prêtées au jeu et construit sur leurs écrans des rues plus ou moins innovantes. Certains ont invité l'art dans la rue, d'autres ont préféré diminuer la taille des immeubles pour mieux faire passer la lumière. D'autres encore ont mis du vert, partout, sur les murs et les fenêtres. « Ce qui est intéressant avec ce système, c'est d'ouvrir les imaginaires et de permettre aux personnes de s'approprier les thèmes fondamentaux du futur des villes tout en s'amusant. » « Villes sans limite» devrait prochainement s'inviter dans d'autres métropoles. «Montpellier, Strasbourg, Rennes, Bruxelles et Kansas City se sont montrées intéressés pour que nous imaginions avec eux des façons de décliner l'outil dans leur ville », se félicite Alain Renk. Souvent, ce sont plus les services de l'aménagement numérique et les directeurs de musées d'art contemporain, que ceux de l'aménagement urbain, qui ont contacté l'équipe. Qu'importe! Avec cette première expérience, UFO passe au niveau 2 de sa démarche collaborative. L'agence aimerait aboutir à un indice de qualité de vie urbaine capable de s'améliorer de façon collective. La ville rêvée des anges ...www.villes-sans-limite.org


Surfez, échangez

www.myprof.fr Premier site de mise en relation directe des étudiants de grandes écoles avec des élèves pour leur donner des cours particuliers. www.checkmymetro.com Les utilisateurs du métro parlent aux utilisateurs du métro. Coups de coeur et coups de gueule en direct de toutes les lignes parisiennes. www.laruchequiditoui.fr À mi-chemin entre les achats groupés et les AMAP, cette initiative raccourcit le chemin entre consommateurs et producteurs. www.e-loue.com Comme sur Zilok, tout se loue ici entre particuliers. Même des chèvres pour tondre sa pelouse. www.deways.fr L'art de partager sa voiture entre particuliers. www.airbnb.com Location de logement pour un week-end, une semaine, entre particuliers, Le carton de la consommation collaborative de ces dernières années.

CET ÉTÉ, JE SQUATTE CHEZ TOI ET TOI CHEZ MOI

Choisir le couchsurfing et échanger son appartement nantais contre une villa califomienne le temps d'un été: les formules d'hébergement entre particuliers fleurissent. Mais une initiative née à San Francisco en 2008 semble prendre le pas sur toutes les autres et compte aujourd'hui parmi les plus gros succès du web. Le réseau Airbnb est une sorte de gigantesque centrale de réservations de logements chez les particuliers. 5732 villes et 192 pays sont représentés. « Nous sommes un marché communautaire d'espaces uniques», clame Brian Chesky, directeur de Airbnb. C'est vrai que l'offre est pléthorique. On peut trouver un classique deux-pièces au coeur de Manhattan mais aussi un avion dans les arbres ou un château en écosse. Deux millions de nuits chez les particuliers ont été réservées en trois ans, aucune chaîne hôtelière ne peut en dire autant. Et les réservations augmentent de 40 % par mois. Les clés du succès? Le site s'engage à verser jusqu'à 50000 dollars si le logement est endommagé. Ensuite, les locations sont notées par les internautes écartant ainsi tous les mauvais hébergeurs (le bouche-à-oreille virtuel est terriblement efficace). Enfin, toutes les transactions financières passent par le site, l'hébergeur est payé 24 heures après l'arrivée du touriste. Mais ce ne sont pas que ces caractéristiques logistiques qui séduisent. En s'installant chez l'habitant, le sentiment de ne plus être un vrai touriste plaît beaucoup. « Je me sentais comme à la maison quand j'étais à Berlin, témoigne Tracy. Je me sentais berlinoise. » De l'autre côté de la transaction, les propriétaires tirent aussi des bénéfices et pas seulement financiers. « Les gens qui rentrent en contact avec nous deviennent des amis qui reviendront», témoigne Chelsey, hôte à Brooklyn. Et l'amitié, quand on y pense, il n'y a pas plus collaboratif comme concept. www.airbnb.com 

Idées d'ailleurs à picorer sur le net

www.taskrabbit.com Besoin d'un coup de main? Sur ce site, toutes les compétences des particuliers sont valorisées, du repassage au cours de cuisine. www.parkatmyhouse.com Se garer chez le voisin, avec cette initiative, c'est possible. www.thredup.com Les enfants grandissent, pas leurs vêtements. Un site pour rhabiller les petits avec l'armoire du voisin.

A lire également : l'interview d'Antonin Léonard, créateur de consocollaborative.com

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